Estefany Ricaldi : « Briser le silence pour décider ».

Fév 3, 2026 | Ipas en action

En Bolivie, de nombreuses décisions concernant le corps sont prises en silence. Ce n’est pas par manque d’intérêt, mais par manque d’informations et d’espaces sûrs pour poser des questions. Dans ce vide, où la peur précède souvent la réponse, Estefany Ricaldi est devenue un pont. Son histoire illustre la manière dont le travail communautaire d’Ipas Bolivie transforme le silence en conversation et la désinformation en décisions éclairées.

Estefany a 25 ans et est une dirigeante communautaire bénévole dans le domaine des droits sexuels et reproductifs (DRSR). Depuis plus de quatre ans, elle participe au travail communautaire d’Ipas Bolivie, un effort soutenu pour apporter des informations claires et fiables là où le système de santé n’est pas toujours présent : dans les quartiers, les foires, les salles de classe et les espaces quotidiens.

Son lien avec ce travail a commencé en 2021, lorsqu’elle a participé à un atelier ouvert sur la DRHR organisé par Ipas Bolivie dans la ville de Potosí. C’est là qu’elle a compris que l’information, lorsqu’elle est accessible, peut sauver des vies et nous donner la possibilité de décider de notre corps. Depuis lors, sa formation a été continue et s’est traduite par une pratique concrète : écouter d’abord et guider ensuite.
Photo 1 : Estefany Ricaldi, responsable communautaire.

« Vous apprenez tout le temps. Pas seulement sur la contraception ou les droits, mais aussi sur la façon d’écouter sans imposer ».

Estefany Ricaldi

Aujourd’hui, Estefany accompagne les adolescents, les jeunes et les femmes en leur fournissant des informations de base et opportunes : comment fonctionnent les méthodes contraceptives, où aller pour y accéder, les mythes et les vérités ; ainsi que ce qu’il faut faire dans une situation de violence sexuelle ; ou l’interruption légale de grossesse en vertu de l’arrêt constitutionnel 0206/2014 ; à partir d’une approche fondée sur les droits. « Tout le monde n’a pas besoin de la même chose, ni du même rythme », explique-t-elle. Alors, avant de parler, écoutez.

Cet accompagnement ne se fait pas seul. Il fait partie d’un réseau communautaire promu par Ipas Bolivie, avec la participation de jeunes, de femmes et d’hommes adultes qui, grâce à des outils et à une formation, deviennent des référents en matière d’information dans leur propre environnement.

« Vous vous rendez compte que tout le monde peut apprendre et partager des informations s’il bénéficie d’un soutien ».

Estefany Ricaldi

Le contexte bolivien permet de comprendre pourquoi le travail communautaire est essentiel. Selon le ministère de la santé, en 2023, 32 660 grossesses ont été enregistrées chez des adolescentes âgées de 10 à 19 ans, dont 1 302 chez des filles de moins de 15 ans. À cela s’ajoutent des obstacles persistants tels que l’absence d’éducation sexuelle complète, la stigmatisation sociale et les violences sexuelles, qui, entre 2020 et 2024, ont dépassé les 11 000 cas enregistrés par le bureau du procureur général. Dans ce contexte, des informations opportunes peuvent faire toute la différence.

Photo 2 : Groupe de leaders communautaires après une campagne d’information sur le DRRD et la contraception.

Entre juillet 2024 et juin 2025, ce travail communautaire a permis à Ipas Bolivie, par l’intermédiaire de ses dirigeants bénévoles, d’offrir des conseils en matière de contraception à 24 813 personnes dans différents départements du pays. Derrière ce chiffre, il y a d’autres leaders comme Estefany qui guident : des campagnes, des conversations simples, des explications claires et une confiance qui se construit pas à pas.

Pour elle, être un leader communautaire signifie être disponible pour les autres et prendre le temps d’expliquer patiemment. Son histoire reflète l’impact du travail communautaire d’Ipas Bolivie : lorsque l’information vient tôt et de la communauté, le silence est rompu et l’exercice des droits sexuels et génésiques devient possible là où il est le plus nécessaire.