En Bolivie, 19 signalements de violences sexuelles sur mineurs sont enregistrés en moyenne chaque jour.

Avr 11, 2025 | Notre pays

En Bolivie, 19 cas de violence sexuelle contre des mineurs sont enregistrés en moyenne chaque jour. Pour la seule année 2024, 6 868 cas d’abus sexuels sur des enfants et 38 infanticides ont été signalés, selon les données officielles.

« Nous avons des chiffres très sérieux. En 2024, nous avons recensé 38 victimes : des enfants et des adolescents morts de manière violente. En outre, environ 6 868 cas de violence sexuelle ont été signalés », a déclaré Rosaly Ledezma, experte de l’UNICEF en matière de politique sociale et de réglementation pour les enfants, lors d’un entretien avec l’émission Piedra, Papel y Tinta de La Razón.

M. Ledezma a averti que les chiffres pourraient être encore plus élevés, car de nombreux cas ne parviennent pas aux autorités, en particulier dans les régions reculées du pays. « Le plus grave, c’est que de nombreuses agressions ne sont pas signalées et restent totalement impunies », a-t-il averti.

Outre les cas de violence extrême, une enquête de perception menée par « Voz de la niñez » révèle que les enfants ne se sentent pas en sécurité dans leur environnement quotidien : 2 sur 10 ne se sentent pas en sécurité chez eux ; 6 sur 10 ont peur à l’école ; et 8 sur 10 se sentent vulnérables dans les environnements numériques.

« Lorsque vous leur demandez à qui ils racontent leurs joies et leurs peines, beaucoup répondent à leur animal de compagnie. Ils n’ont personne à qui parler de leurs émotions », a déclaré Mme Ledezma.

L’expert a également évoqué la situation économique. Selon les données de l’Unidad de Análisis de Políticas Sociales y Económicas (UDAPE), un enfant sur deux en Bolivie vit dans la pauvreté et un sur six dans l’extrême pauvreté.

« Entre 2023 et 2025, nous prévoyons une détérioration des conditions économiques et de l’accès aux produits de base, de sorte que la situation est probablement plus grave que nous ne l’avions imaginé », a-t-il averti.

En termes de protection institutionnelle, M. Ledezma a dénoncé le fait que seules 82% des municipalités du pays disposent de bureaux de médiateurs pour les enfants et que, dans la plupart d’entre elles, la même personne s’occupe simultanément de secteurs tels que l’enfance, le handicap, l’égalité des sexes et les personnes âgées. En outre, de nombreux fonctionnaires travaillent dans le cadre de contrats à court terme, ce qui les empêche d’assurer un suivi efficace des dossiers.

« Le pays investit dans la formation et les agences internationales apportent leur aide. Mais si les fonctionnaires changent tous les trois mois, les affaires s’enlisent. Il n’y a pas de continuité », déplore-t-il.

« Ce que nous savons, c’est que dans notre pays, la pauvreté et la violence ont le visage d’une fille, et nous nous demandons donc ce qui se passe, pourquoi nous avons le visage d’une fille, le visage d’une femme et le visage d’une fille. Nous devons donc nous poser cette question et, si nous allons plus loin, celle du visage d’une personne autochtone », a-t-elle ajouté.

M. Ledezma a lancé un appel aux candidats à l’élection présidentielle de 2025 : « Le pays investit environ 8,5 % de son PIB dans les enfants, principalement dans l’éducation. Mais il y a aussi des problèmes de qualité de l’apprentissage. C’est pourquoi il est nécessaire d’adopter un programme urgent ».

Parmi les piliers de cet agenda, il a proposé : la protection contre la pauvreté ; une éducation de qualité ; des environnements sûrs et protecteurs ; l’accès à une santé résiliente, en particulier au cours des mille premiers jours de la vie.

En ce qui concerne les mesures à prendre, il a indiqué : des bons d’achat bien conçus, sans exclusions ; un système de prise en charge, afin que les mères et les pères puissent travailler sans laisser les enfants seuls ou à la charge de frères et sœurs plus âgés ; un plan national de réduction de la pauvreté des enfants avec une approche globale ; le renforcement des bureaux des médiateurs des enfants et la stabilité de l’emploi pour leur personnel ; un système de suivi informatisé en temps réel des cas de violence ; et un travail de prévention, avec la participation active de l’État, de la société civile, des médias et du bureau du médiateur.

Enfin, Mme Ledezma a rappelé que toutes ces informations, ainsi que des études complémentaires, sont disponibles sur le site web et les réseaux sociaux de l’UNICEF.